Salésiens de Don Bosco - Haiti: Filles de Marie Auxiliatrice
   
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Au service des jeunes d'Haiti


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P. Volel à Livres en folie lisant l'Encyclopedie Biographique d'Haiti des Trouillot.

Souvenir des nos défunts

La foi au Christ res-suscité soutient notre espérance et main-tient vivante la com-munion avec nos frères qui reposent dans la paix du Christ. Ils ont dépensé leur vie dans la Congrégation et plusieurs ont même souffert jusqu'au mar-tyre, par amour du Seigneur.

Unis dans un échange de biens spirituels, nous offrons pour eux avec reconnaissance les suffrages prescrits.
Leur souvenir nous sti-mule à poursuivre no-tre mission avec fidé-lité. (R 47, 76)

Constitutions 94

)))  Funérailles de Père Arthur Volel (((

1er. février 2008

« Ce que Dieu lui a demandé c'était d'être là,
comme un témoin de son amour.
Un témoin démuni comme Pierre et ses compagnons:
sans or ni argent, mais riche de la foi en Jésus de Nazareth. »

Homélie de Père Jacques Mésidor

Thorland, le 1er février 2008

Frères et Sœurs bien-aimés.

Comme un bel et grand cierge pascal, sans heurt, sans bruit, il s'est éteint, offrant son dernier souffle à celui qui avait envoyé son souffle vivant reposer sur lui, et l'envoyer porter la bonne nouvelle aux appauvris, aux déshérités, aux marginaux aux éternels oubliés de notre insolente civilisation de l'avoir, du pouvoir, de la jouissance sans partage.

Père Volel est retourné au Père, sans bâton ni besace, sans bottines, sans lunettes, sans un sou en poche, dépouillé comme il a vécu, pauvre avec les pauvres, démunis avec les démunis, manquant de l'essentiel avec qui n'ont rien, pas même le droit de posséder qui que ce soit, au sein d'un peuple égalitaire, qui ne souffre pas que son voisin d'en face ou d'à côté ait plus que lui.

Malgré mon admiration, mon respect pour l'aîné, l'ami, le guide, cette  prise  de parole n'a pas été facile, même si d'aucuns pensent que parmi les salésiens je suis celui qui le connaît le plus!

J'ai voulu m'y dérober pour trois raisons. La première c'est que depuis un certain temps, j'ai les larmes faciles, je n'arrive plus à contenir mes émotions. La 2ème, c'est la crainte qu'en voulant parler du P. Volel, je ne mette à parler de moi-même en m'écoutant avec complaisance. La dernière enfin, et non la moindre, c'est la terrible responsabilité de présenter un personnage hors du commun, le citoyen qui a marqué et fait  l'histoire (de l'Église et du pays), le prêtre, l'apôtre, l'homme de Dieu! Bref, quelqu'un qui s'est investi corps et âme, durant plus de 60 ans dans un environnement socioculturel et  religieux des plus ingrats, à travers un contexte politique le plus bouleversant de notre histoire de peuple.

Dire du P. Volel qu'il est l'apôtre des bidonvilles, ou un à la manière de l'Abbé Pierre haïtien, est un cliché réducteur qui ne nous révèle pas le témoin, l'acteur, le protagoniste du changement significatif qui doit bouleverser l'ordre  injuste des choses dans ce pays!

Qui dira ou saura jamais quelle révélation, quelle conversion paulinienne, aura conduit le jeune Arthur des hauteurs de Jacmel à la vallée … de la Saline et des Cités, dans une vertigineuse descente aux enfers. Précipitation qui pourtant ne lui a pas donné le vertige, ni cause de répugnance.

Au départ Arthur avait tout pour réussir dans la vie: le nom, le rang, les relations, au service d'une personnalité  moralement et intellectuellement bien rodée!

Cela m'évoque une  petite histoire vraie. Un dimanche après-midi, l'abbé Volel, postulant salésien, en tandem avec le jeune  frère Sanon conduisait  en promenade les élèves  de l'Enam groupés en 4 rangées à travers les rues de Port-au-Prince. Arrivé à la rue des Miracles, une dame éclata : “Quel gaspillage, mes amis, un si beau jeune homme pa wè anyen pou l fè, se nan pè li rantre!”

A l'époque, la gent scolaire était disciplinée et respectueuse. Tout le monde enregistra la déclaration, personne n'esquissa un sourire ou n'éclata de rire. L'abbé le premier.

Au moment décisive du choix, l'historien Michel Soukar, le neveu combien admiratif de l'oncle suggère une intervention du saint de Turin. Une chose parait certaine, le Nazaréen s'est pointé et a fait signe. Alors Arthur comme tous les apôtres ses devanciers, depuis les pêcheurs de Galilée jusqu'à Don Bosco, Jean Paul II et Benoît XVI a opté pour suivre l'agneau là ou il va.

Et nous savons que l'agneau ne déambule jamais sur la pente douce et descendante d'un tapis de roses, mais bien par les chemins montants, sablonneux, mal-aisés d'une vie de sacrifice incessant.

Opter pour l'autel au lieu du barreau n'est pas préférer une éloquence à une autre, fut-elle sacré, mais choisir la Pierre du sacrifice crucifiant. Commencer à dire la messe disait Don Bosco, c'est commencer à souffrir! La vie du P. Volel a porté les stigmates de la souffrance physique et morale du début à la fin. Arthur a reçu sa première formation cléricale au grand séminaire diocésain de Port-au-Prince, jusqu'à la seconde année de théologie. Il en a été marqué pour la vie, ce qui se traduirait par son sens d'appartenance à l'Église locale, ses rapports déférents avec nos pasteurs les évêques, et ses relations amicales et soutenues avec le presbyterium. Devenu religieux salésien, il ne changera ni de statuts ni de mentalité, mais constituera un pont, un trait d''union, entre les ouvriers de l'évangile pour l'édification d'une église communion.

Parti pour la France en 1949 pour faire le noviciat, c'était son premier et dernier grand voyage hors de la terre natale, il en reviendra prêtre 6 ans plus tard, après avoir fourni ses 3 années de stage pratique et bouclé ses études de théologie.

Il inaugure son sacerdoce dans la douleur, avec la mort de son père qui n'aura pas eu le bonheur de participer à la première messe de son fils.

Le jeune prêtre est nommé d'emblée à notre œuvre naissante de Pétion Ville sous la direction du P. Gimbert qui concevait envers cette vocation d'élite comme il disait souvent, de l'admiration assortie d'une grande confiance.

Là, Père Volel allait accomplir un travail merveilleux auprès de ses destinataires préférentiels les enfants, les jeunes défavorisés.

Il avait pour arme disons mieux, pour ressources, son Cœur sacerdotal, à l'image du Cœur de Jésus brulant d'amour et ouvert à toutes les détresses et appels au secours. Un Cœur oratorien, comme celui de Don Bosco dont on dit qu'il est le sosie. Un Cœur aimable, ouvert aux enfants et aux jeunes, les accueillaint sans à priori et au niveau où ils se trouvent de leur cheminement humain et moral.

Un Cœur salésien hérité de St François de Sales, marqué au coin de la bonté de la douceur, un Cœur qui se fait tout à tous, afin d'être au service de tous.

Un Cœur où l'on retrouve du Curé d'Ars, un Cœur d'ascète, bourré de patience et de compassion, pour supporter les longues stations au confessionnal afin d'accueillir, écouter, guider et pardonner les  pénitents au non du divin maitre qui a donné à son Eglise, cette thérapie spirituelle si négligée de nos jours.

Personne parmi ses confrères n'aura entrepris autant de croisades de prédication, de catéchèse. Pour semer la parole de Dieu et porter la bonne nouvelle d'une voie audible et crédible.

Dans ce domaine, il a toujours été très sollicité, jusqu'à la limite de l'abus d'une disponibilité jamais prise en défaut. Cela d'autant plus que P. Volel ne savait pas dire non.

A Pétion-Ville dans ses rapports avec les jeunes et leurs parents, tous des économiquement faibles, il a fait la connaissance de la pauvreté qui avait encore un visage humain.

Pour aider les démunis à s'en sortir, à ses activités éducatives et pastorales il a joint le social. Avec l'aide du comptable Fritz Denis et de l'agronome Cantave, il a crée et stimulé un  mouvement coopérative donnant naissance  à la caisse populaire Dominique Savio.

Il était convaincu que le spiritual si profond soit-il devait cheminer en tandem avec le temporel. Pain et Parole de Dieu ne s'opposent pas dans la vie de l'individu.

Quand dans les années 65 l'obédience religieuse l'a muté de Pétion-Ville à la Saline, il était loin de s'imaginer ce qui l'attendait: une réalité  cauchemardesque qui allait transformer sa vie et hanter ses nuits durant plus d'un demi-siècle.

Cette descente aux enfers ne l'a ni désarçonné ni répugné. Plus d'un se serait demandé s'il n'y a pas eu erreur dans la substance, si passer de Pétion-Ville à la Saline était une promotion ou plutôt une déchéance et une punition. Là tout était différent: les gens, les choses, l'environnement, le contexte culturel et religieux.

P. Volel a accepté le changement sans à priori, sans arrière pensée, mais avec son Cœur d'apôtre, modelé à l'étalon évoqué précédemment. Son transfert en d'autres temps et avec d'autres acteurs différemment motivé, aurait provoqué une émeute populaire et mis à mal ses supérieurs religieux accusés de myopie.

P. Volel tout en étant un subversif était loin d'être suicidaire. Il ne cultivait pas la “thanatomanie” comme bien des révolutionnaires latino-américains qui par des actions d'éclat se faisaient tuer avant d'avoir accompli grand'chose pour la cause à laquelle ils croyaient.

Il prenait chaque jour conscience de la où le maitre le conduisait pour mieux entendre la clameur de son peuple et répondre présent à la manière des prophètes auprès des hébreux. A la Saline et plus tard dans les cites, il s'est investi à fond dans ce qu''il avait entrepris à Pétion-Ville, en les décuplant, coopérative de pêche, construction de logement, écoles, dispensaires, Eglises et chapelles.

Son charisme a attiré tout un réseau de compétences, d'institutions de bonnes volontés pour le Koumbit de rénovation et de transformation d'un milieu qui devait servir de modèle.

L'histoire est là, mais je tiens à signaler sans être exhaustif: l'équipe polyvalente de Gladys Lauture venue prêter main forte au P. Volel, les sœurs de la Charité de St Vincent de Paul avec l'inoubliable Sœur Hélène, les Sœurs de la Croix, relayées par les Filles de Marie Auxiliatrice, les frères Lannoo, le Bohnen avec l'œuvre des petites Ecoles relayée par le P, Zucchi  aujourd'hui menace de mort. L'admirable projet du Dr Boulos et de ses fils, des laïcs engagés et courageux comme l'inoubliable Frère Gérard Dumervil et les légions d'anonymes qui entouraient et secondaient l'apôtre.

P. Volel est un témoin privilégié des évènements et des changements qui ont bouleversé notre pays et transformé la physionomie de notre capitale surtout dans les quartiers populaires.

Au départ comme son divin maitre, P. Volel a voulu s'incarner jusqu'à la kénose. Il s'est toujours senti mal dans sa chair, avec les limitations de l'Institution: La cloche qui tintait 3 fois par jour pour l'inviter à manger, alors que ses pauvres n'ont  rien à se mettre sous la dent. Le soir un toit et  un bon lit, chose dont ses gens étaient dépourvus.

Il a du faire l'amère expérience qu'en devenant un pauvre de plus cela n'arrangerait  rien à la situation des appauvris.

Il a mesuré que l'humanitaire, le caritatisme venaient se buter contre les causes structurelles de l'appauvrissement et de la misère qui ne sont pas une fatalité.

P. Volel n'a pas été un témoin muet et complice des abus et des dérives du temps de la dictature comme de la longue période de transition. Il n'a pas ignore l'existence de Fort-dimanche comme de bien d'autres officines de la mort qui semaient la désolation dans les familles.

Dieu seul sait combien sa seule présence aura sauvé bien des vies et épargné autant de malheurs!

Dans toutes les situations difficiles, j'en ai fait l'expérience, on pouvait faire appel au prêtre, à l'homme de Dieu qui répondait toujours présent et vous frayait une porte de sortie.

P. Volel a du  découvrir au soir de sa vie qu'il n'était porteur d'aucun messianisme qu'il  n'était pas un nouveau Moïse délégué par dieu pour affranchir son peuple de la servitude de la misère, de l''ignorance et de sa condition infrahumaine. S'il s'est attaqué à ces problèmes, seul ou en synergie avec d'autres, il est parvenu à l'évidence que “le faire pour, le faire avec les appauvris en définitive ne menait pas loin.

Ce que Dieu lui a demandé c'était d'être là, comme un  témoin de son amour. Un témoin démuni comme Pierre et ses compagnons: sans or ni argent, mais riche de la foi en Jésus de Nazareth.

Dans la Bible on parle du temps de Dieu, un thème connu qui traite des séquences successives ou dieu dévoile et réalise son dessein de salut. On peut aussi parler du temps de l'homme, qui s'il est attentif à sa vocation de baptisé, confirmé, découvre chaque pour ce que Dieu attend de lui, et s'y conforme le mieux qu'il peut avec le secours de sa grâce.

La disparition du P. Volel laisse un vide dans le milieu où il a vécu, les Cités  dans l'Eglise d'Haïti qu'il invite à réaliser sa mission d'Eglise Communion, dans le pays d'Haïti qu'il n'a jamais déserté et trahi, et qu'il interpelle pour mettre un frein à  sa déchéance.

Le message qu'il nous laisse est celui de  l'amour : Aimons-nous, aimez-vous les uns les autres comme Dieu nous aime, comme Jésus  nous en a donné l'ordre!

Notre pays se meurt par manque d'amour! A la famille Volel, aujourd'hui éplorée, je dis mon merci plein d'admiration d'avoir fait un tel cadeau à l'Eglise et au pays

A sa famille religieuse, à mes confrères  salésiens surtout les plus jeunes, je leur dis d'oublier les caricatures et d'apprendre à découvrir qui est le P. Volel, comme moi-même je l'ai fait. Ils découvriront à travers l'homme Dieu, le frère ainé, l'ami, le guide sur, ce don de Dieu.

P. Volel, vous m'avez rendu visite au Cap, il n'y  a pas longtemps. Je ne tarderai pas à vous rendre la politesse pour un autre noviciat avec tous les compagnons dans la maison du Père.

Merci pour tout ce que vous avez représenté pour moi

Votre journée a été rude et longue

Dormez en paix sous le manteau de  notre Dame.

Père Jacques Mésidor, sdb
Ancien Vice-Provincial

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